Les embarcations patientent dans la rade de Dakar - ERIC ROUSSEAU ©Bouvet-Guyane 2012
Les 23 concurrents de la Transatlantique à la rame en solitaire "Bouvet-Rames-Guyane" entre Dakar et Cayenne, peaufinent leurs préparatifs sur le rivage de la capitale sénégalaise, avant le grand saut dans l’inconnu pour la majorité d’entre eux, ce dimanche, avec l’espoir de rallier l’Amérique du sud après 40 à 60 jours de mer.
C’est la 3e édition de cette course, unique par son caractère solitaire et sans assistance, créée en 2006, et la 1ère au départ de Dakar. Les rameurs des deux premières épreuves avaient appareillé plus au nord, à St Louis, capitale historique du pays. Comme avant chaque départ, Michel Horeau, créateur de l’épreuve et directeur de course, s’inquiète pour ses ouailles, "dont un bon nombre n’ont jamais navigué et se jettent dans le grand bain salé pour la première fois de leur vie", dit-il.
"Depuis 6 ans, nous avons amélioré la sécurité des canots et des skippers, avec un système de redressement par air-bag extérieur en cas de chavirage, des balises de géolocalisation et de détresse, une aile volante de traction obligatoire en cas d’abandon au milieu de l’Atlantique", précise-t-il. "Mais au fil des heures qui rapprochent du départ, j’ai toujours une sourde inquiétude pour certains qui, poursuivant leur rêve, n’ont peut-être pas entièrement mesuré la dimension des difficultés et de l’effort qu’ils vont devoir accomplir", confie-t-il.
Chars à boeufs
Les canots en bois monotype font 8 m de long et 1,60 m de large. Avec près d’une tonne en charge, ce sont des chars à boeufs sur l’eau, d’une extrême rusticité, avec un habitacle de 2 m de long sur 60 cm de largeur, très difficilement manoeuvrables au bout d’avirons aussi grands que des ailes d’albatros. On est loin des constructions modernes en carbone. Jeudi matin, dans la baie de N’Gor, à la pointe des Almadies, limite occidentale de l’Afrique, les canots-galères des concurrents sont mis un à un à flot et se mettent au mouillage au milieu des longues pirogues traditionnelles des pêcheurs locaux.
A bord, chacun s’affaire aux derniers rangements et vérification de l’ensemble du matériel de navigation. Il devra tenir par tous les temps, pendant un à deux mois de mer et à une vitesse de déplacement moyenne inférieure à 2 noeuds (4 km/h). "J’ai déjà ressenti le mal de mer, le temps de rejoindre mon aire de mouillage dans la baie...", confie Olivia La Hondé, la seule femme de l’épreuve, graphiste de 48 ans de Boulogne-Billancourt, en banlieue parisienne, et adepte de l’aviron sur la Seine. Olivia sait qu’elle va en baver et ne parie pas sur le podium en Guyane : "Tout ce que je veux, c’est franchir la ligne d’arrivée à Cayenne, vivre une belle aventure, ressentir des émotions inconnues sur le grand océan".
Départ sous haute tension
Pour la 1ère fois de son existence, la "Bouvet-Rames-Guyane" (du nom de son parrain principal, le menuisier Bouvet), va partir dimanche matin sous haute tension et peut-être même dans la pétarade et l’âcre odeur des gaz lacrymogènes. La ligne de départ est en effet prévue dans l’anse Bernard, devant le palais présidentiel, dont les abords risquent d’être agités si le Conseil Constitutionnel sénégalais valide la candidature, contestée par l’opposition, du chef de l’Etat sortant Abdoulaye Wade, à un mois de l’échéance électorale suprême.
Pour prévenir d’éventuels troubles, tout rassemblement sur la voie publique a été interdit du jeudi 26 à la matinée du lundi 30 janvier. Mais les opposants aux patriarches président de 85 ans ne l’entendent pas de cette oreille. Ils hurlent contre cette mesure autoritaire et coercitive, et ont promis de braver l’interdiction si la décision des Sages est contraire à leurs attentes. Il risque donc d’y avoir du sport à Dakar dimanche, et pas seulement sur la mer !
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